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Oser élever la voix pour sauver des vies

© Getty Images
«La sagesse est la force des faibles», écrivait un ami de Chateaubriand. D’Esther à cette femme sans nom en passant par Abigaïl, la Bible dévoile des femmes dont l’intelligence raisonne des armées.
Rachel Gamper

Après avoir écrasé une tentative de coup d’Etat, le roi David revient à Jérusalem. Malheureusement pour lui, un certain Schéba se révolte à son tour, entraînant à sa suite un groupe d’hommes armés. Poursuivi par Joab, le général de David, il se réfugie dans la ville d’Abel-Beth-Maaca. Alors que l’armée de Joab s’apprête à franchir les remparts de la ville, c’est une femme qui entre en scène.

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La voix d’une femme au milieu des cris de guerre

Depuis la ville et malgré le vacarme des soldats qui s’acharnent sur la muraille, elle réussit à se faire entendre. Elle leur intime l’ordre d’aller chercher leur général. Rien que cela. Quelque chose dans son ton ou son regard semble imposer le respect et ils obtempèrent. Quel est son âge? Est-elle secondée par les (hommes) anciens de la ville? Par ceux qui, dans la culture de l’époque, auraient exercé ce rôle de médiation? Est-elle prophétesse? On ne le sait pas.

Lorsque Joab arrive à sa rencontre, elle lui rappelle la réputation d’Abel-Beth-Maaca et sa place dans l’histoire, en partie grâce à sa situation au carrefour de trois pays. Mais pourquoi Joab semble-t-il dans ses petits souliers face à elle? Il sait – et elle le lui rappelle implicitement – que d’après les textes bibliques de l’époque, il n’aurait pas dû attaquer une ville sans d’abord proposer un accord de paix (Deut. 20, 10-12). Elle finit en tout cas par obtenir que toute la ville soit épargnée, à la seule condition qu’on envoie la tête de Schéba le rebelle par-dessus la muraille.

Une sagesse discrète, mais puissante

Est-ce à ce récit que fait allusion le roi Salomon lorsqu’il évoque une petite ville sauvée par un homme pauvre et sage qu’on finit par oublier (Eccl. 9, 13-18)? Le siège d’Abel-Beth-Maaca a lieu environ onze ans avant que Salomon ne devienne roi. Il a donc dû avoir vent de l’histoire. Peut-être que lorsqu’il rédige le livre de l’Ecclésiaste vers la fin de sa vie, il ne se souvient plus tellement des détails…

N’est-ce pas ainsi pour les femmes qui s’emparent de l’intelligence que Dieu leur donne? Souvent, seuls leurs proches se souviennent d’elles. Mais les traces de leur sagesse se constatent dans leurs familles paisibles, dans leurs communautés, dans les rouages des coulisses de leurs Eglises. Seule certitude: aucune femme sage n’est oubliée de Dieu. La preuve? Cette femme sans nom, dont on raconte encore l’histoire des millénaires plus tard.

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